Doctolib, MonDocteur : quand le droit tente de suivre
13/11/2025
Le droit tente de suivre
En 2025, l’Autorité de la concurrence sanctionne Doctolib à hauteur de 4 665 000 euros pour avoir abusé de sa position dominante dans le secteur de la prise de rendez-vous médicaux en ligne et des solutions de téléconsultation médicale.
Un tournant juridique dans l’histoire des fusions-acquisitions en France.
L’acquisition de MonDocteur n’avait pas été notifiée à l’époque : trop petite, en dessous des seuils de contrôle habituels.
Mais l’Autorité a estimé qu’une fusion peut être légale et pourtant abusivement dominante si elle verrouille un marché entier.
Autrement dit : on ne juge plus seulement la taille d’une opération, mais son effet réel sur la concurrence.
Deux visions du soin : l’artisanat et l’infrastructure
En 2013, deux start-up françaises voient le jour presque simultanément : Doctolib et MonDocteur.
Elles veulent résoudre le même problème : des secrétariats saturés, des appels sans fin, des patients perdus dans le labyrinthe de la prise de rendez-vous.
Mais leurs visions divergent radicalement.
MonDocteur, c’était l’esprit atelier : un outil pensé par et pour les soignants.
Le code était propre, mais pas clinique.
L’équipe écoutait les médecins comme un bureau d’études écoute ses clients : avec curiosité et respect du métier.
La technologie s’adaptait à l’humain.
Doctolib, c’était déjà l’esprit « système »
Une vision industrielle : “on va rationaliser le flux”.
Une plateforme robuste, intégrée, prête à passer à l’échelle.
Tout est processé, mesuré, optimisé.
Efficace !
Quand Doctolib rachète MonDocteur en 2018, ce n’est pas seulement une opération de croissance externe.
C’est une rencontre entre deux philosophies du soin :
celle du contact humain, et celle de l’optimisation à grande échelle.
Le confort contre la liberté
Doctolib a gagné.
Et, d’une certaine façon, tout le monde a gagné avec lui : patients, praticiens, institutions.
Le confort, l’efficacité, la fluidité.
Mais le prix est connu : la dépendance.
Nous vivons désormais dans des infrastructures si efficaces qu’elles en deviennent invisibles.
Et c’est là leur pouvoir.
L’État s’appuie aujourd’hui sur Doctolib comme sur un service public, sans l’avoir construit.
La souveraineté s’est déplacée, tranquillement, vers le privé.
Ce n’est pas qu’un enjeu de concurrence.
C’est un enjeu politique : à qui appartient le service rendu ?
Et un enjeu stratégique : à qui fait-on confiance pour le produire ?
Les fusions-acquisitions ne sont plus seulement des actes de capital.
Elles dessinent nos territoires de dépendance.
Et nos zones d’aveuglement collectif.
Je cherche encore des réponses
Je cherche à comprendre :
à quel moment la croissance cesse-t-elle d’être un levier pour devenir une frontière ?
Comment construire des infrastructures efficaces sans perdre la diversité, la liberté, la souveraineté ?
Et surtout : où devons-nous concentrer nos efforts aujourd’hui ?
Sur de nouveaux monopoles numériques ?
Ou sur les enjeux politiques, énergétiques et climatiques qui détermineront nos vies dans dix ans ?
