Comment décider dans l'incertitude ? Leadership, discernement et Tectonique du pouvoir- Bilan Rencontres du PMI France 2026
12/06/2026
Aux Rencontres du PMI R26, plusieurs interventions m'ont donné l'impression d'explorer un même sujet sous des angles différents.
- La reconstruction de Notre-Dame avec Philippe Villeneuve.
- L'engagement en chute libre avec Domitille Kiger.
- Les biais cognitifs avec Clément Freze.
- L'exploration du futur avec Roland Lehoucq.

Et au milieu de tout cela, une question :Comment décider lorsque tout n'est pas certain ?Comment continuer à agir lorsque les informations sont incomplètes, les intérêts divergents et les conséquences difficiles à anticiper ?


Lors de la table ronde, j'ai proposé une grille de lecture simple :
Distinguer ce que l'on sait, ce que l'on croit, ce que l'on espère et ce que l'on fait.
Cette grille est aujourd'hui l'un des fondements de ma réflexion sur la Tectonique du pouvoir.
Ce que l'on sait : Les faits. Les retours d'expérience. Les connaissances accumulées.
Philippe Villeneuve nous a rappelé l'importance de la mémoire, du patrimoine technique et de la transmission des savoirs dans un projet aussi symbolique que la reconstruction de Notre-Dame.
Domitille Kiger a illustré la valeur du retour d'expérience dans un environnement où chaque apprentissage compte. Les vols sont filmés, débriefés, analysés collectivement. Chacun réalise son propre retour d'expérience, enrichi par celui des autres.Le savoir existe. Mais il reste toujours incomplet. Et ça la que nous commençons à nous raconter des histoires.
Ce que l'on croit : Nos interprétations. Nos récits. Nos biais.
Clément Freze a montré combien notre cerveau construit des raccourcis pour donner du sens à l'incertitude.
La reconstruction de Notre-Dame a également illustré le poids de l'effet de halo. Lorsqu'une personnalité reconnue prend position, son statut peut influencer notre perception bien avant l'analyse des faits.
Christine Chemin a apporté une perspective particulièrement intéressante en montrant que l'incertitude n'est pas une exception dans le vivant. Les sociétés animales ne survivent pas parce qu'elles contrôlent parfaitement leur environnement. Elles survivent parce qu'elles développent des mécanismes de coopération et d'adaptation.
Chloé Maurice nous a rappelé une autre réalité : nous croyons souvent que les autres fonctionnent comme nous. Pourtant, nos réactions sont façonnées par notre culture nationale, organisationnelle, familiale, générationnelle ou professionnelle.
Ce que l'on espère : La solution salvatrice. L'outil qui résoudra tout. La technologie qui simplifiera enfin la complexité.
Les discussions autour de l'intelligence artificielle ont parfois révélé cette attente. Chaque époque imagine sa solution miracle. Roland Lehoucq a rappelé une citation d'Arthur C. Clarke qui m'a particulièrement marquée :
"Lorsqu'un savant reconnu mais vieillissant affirme que quelque chose est possible, il a presque certainement raison. Lorsqu'il affirme que quelque chose est impossible, il a très probablement tort."
L'innovation ouvre des possibilités mais elle ne remplace pas le discernement.
Ce que l'on fait C'est ici que les choses deviennent concrètes.
Domitille Kiger nous a montré ce que signifie utiliser la contrainte plutôt que la subir. Son équipe s'est adaptée et réinventée dans la contrainte.
Philippe Villeneuve a témoigné de ce que représente le courage lorsqu'il faut tenir un cap sous pression, arbitrer entre des attentes contradictoires et prendre des décisions visibles par tous.
Olivier Lazar a apporté une autre dimension essentielle : une décision n'est pas seulement une question d'efficacité. Elle interroge aussi :
- notre capacité réelle à agir ;
- le cadre légal ;
- l'éthique ;
- nos valeurs personnelles.
Agir selon lui, consiste à choisir de façon cohérente. L'ajustement est possible sur tous les points sauf le dernier, nos valeurs.
Christine Chemin a également montré que les organisations les plus résilientes ne sont pas celles qui cherchent à tout contrôler, mais celles qui développent des mécanismes de coopération, d'adaptation et de régulation collective.
J'ajouterai enfin que parfois agir consiste aussi à accepter ses limites. Passer la main, renoncer à une croyance bref Abandonner une espérance séduisante.
Le leadership commence par le discernement
J'entends souvent parler du leadership comme d'une capacité à convaincre ou à inspirer. Je crois qu’il commence lorsque nous sommes capables de distinguer :
- ce que nous savons ;
- ce que nous croyons ;
- ce que nous espérons ;
- ce que nous faisons réellement.
Les projets se fissurent lorsque les faits, les croyances, les espoirs et les décisions se confondent. Dans ma grille de lecture de la Tectonique du pouvoir, c'est souvent à cet endroit que les tensions deviennent visibles. Le discernement consiste alors à retrouver ses marges d'action.
Et c'est précisément là que le leadership commence.
